Comme pour Crapaud, je n'arrive pas vraiment faire le lien entre mon état actuel et la créature à venir. Je suis pas débile, ni inculte, je le sais intellectuellement, mais émotionnellement, je branche pas. Et j'en culpabilise même pas. Ou presque. Mais j'ai peur. Peur de lui faire croire qu'ile n'est qu'un fardeau. Car pour moi, être enceinte, c'est pas la panacée. J'ai détesté ça la première fois, et avoir déjà suivi ce chemin et découvert le bonheur au bon du couloir améliore à peine mon ressenti cette fois-ci.

C'est difficile à vivre, et encore plus à assumer, tant l'image de la femme enceinte est mystifiée par notre société. Je parle même pas des fictions où la grossesse passe en un éclair, et handicape à peine la femme, qu'elle soit agent ou FBI ou neurochirurgien (nan mais sérieux, en fin de grossesse, atteindre le fond de l'évier pour faire la vaisselle est une torture, et elles, elles courent après des fugitifs ou opérent 32h durant!). Non, même la réalité est floutée. Y a des politiques qui se retirent « quelques semaines », des files prioritaires femmes enceintes dans les supermarchés, mais les femmes enceintes n'y prennent pas leurs places, ou même la copine ou la cousine qui te sort des trucs débiles du genre « je voulais pas t'en parler pour pas t'effrayer ». Foresti a fait un skecht sur l'accouchement, mais elle aurait pu faire le même sur la grossesse.

 

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« Ca va, je suis pas malade, je suis seulement enceinte ! » dit l'héroîne de ma série de mercredi dernier. Mais putain ta gueule ! Ca a l'air de rien comme ça, mais cette phrase, que le scénariste n'a même pas eu à inventer, c'est encore une pression de plus sur les femmes. Alors qu'on fabrique la vie, alors qu'on la porte, alors que notre esprit est lavé par des hormones surpuissantes et notre corps labouré par des bouleversements hallucinant, on doit prendre l'air de rien, voire carrément être rayonnantes et dynamiques. (Je suis retomber il y a peu sur un article sur un sujet proche, que je vous invite à lire.) Et on y croit. On s’éreinte, on s'épuise à suivre le rythme. Et on y ajoute les rdv de suivi, les lectures pour se préparer à l'avenir, les « petits maux » qui se soignent à la patience et au paracétamol, et la peur.

Et on fini honteuses et épuisées. Mais pourquoi ? Pour qui fabriquons nous cette image ? A qui ça bénéficie ?

Pas aux femmes, c'est sûr !

Pendant ma première grossesse, la société française débattait du congés parental. Mais personne ne parlait du congés maternité. (et encore moins à donner des jours aux futurs papas pour être présents aux différents suivis, ça les concerne pas, en fait...) Et pourtant, y en aurait à dire, y en aurait à faire. Déjà, si on l'anticipe, c'est un congés pathologique. Yeah ! T'arrive pas bosser en étant enceinte, t'es pathologique. Culpabilisation, vague 1. Ensuite, il n'est pas du tout adapté au métier. Je vais prendre mon cas pour exemple. Quand je suis tombé enceinte, j'étais vaguement peintre en bâtiment intérimaire (je dis vaguement car femme, débutante, passé août, c'est la merde pour choper un contrat). Entre les expositions aux différents solvants et les nécessité physique du métier, on peut dire que c'est pas conseillé pendant la grossesse. Et pourtant, le congés, si j'en avait bénéficier, aurait été le même que pour une employée de bureau. Enfin, il est dénigré. Les femmes qui partent en congés maternité, aux yeux du monde, elles abandonnent le navire, elles « prennent du temps pour elles ». Mouais. Comme si le congés maternité ne servait au final qu'à préparer sa valise pour la maternité comme on prépare sa valise pour une croisière sur la maternité. Parce qu'être enceinte, c'est pas une maladie.

C'est pas une maladie, mais c'est pas une sinécure non plus, merde ! Alors bien sûr, toutes les femmes ou presque passent, sont passées ou passerons par là, mais est-ce une raison suffisante pour sans cesse minimiser l'événement ?

Mesdames, j'ai un service à vous demander, pour moi, et pour toute les femmes enceintes présentes et à venir : Portez haut votre grossesse, portez haut ces « petits maux », portez haut votre fatigue et vos douleurs ! On en chie, le niez ne rend pas service à celles qui suivront. Alors dites-le bien à tous : votre mec, votre mère, votre boss et même votre boulanger : « je suis heureuse mais j'en chie ! »

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